Qu’on le sache d’emblée : sous sa généreuse dentelle de chantilly, elle est un brin pompette. C’est là son gage d’authenticité, car pour faire honneur à son nom, elle se doit d’avoir sifflé une bonne mesure d’eau-de-vie de son terroir, le kirsch de la Forêt-Noire. « Elle », c’est le gâteau le plus célèbre et le plus courtisé au monde : la forêt-noire, ou Schwarzwälder Kirschtorte pour les initiés.
Du haut de ses 111 ans, cette reine des goûters festifs est, aux côtés du chapeau à pompons, du coucou et du jambon de la Forêt-Noire, l’ambassadrice emblématique de la région éponyme.
En plus de cent ans d’existence, nombreux ont été ceux qui ont revendiqué la paternité de cette génoise au cacao, arrosée de kirsch et fourrée de crème chantilly et de cerises, d’aucuns ont fabulé à son sujet, mais personne n’est parvenu à obtenir l’exclusivité sur ce produit, alors que depuis sa création, bien des opportunistes exploitent son nom fameux pour se tailler – littéralement – une part du gâteau. Pourtant, l’Union européenne n’a jamais accordé à ce délice pâtissier au nom évocateur de notre belle Forêt-Noire la protection d’une appellation géographique. Et pour cause : depuis longtemps déjà, la Schwarzwälder Kirschtorte a quitté son berceau natal pour conquérir le monde. Portée par les émigrés allemands aux quatre coins du globe, elle a inspiré d’innombrables variantes. Mais la rançon de la gloire est celle d’une recette galvaudée et de copies au rabais. Là où l’on attend la noblesse d’un kirsch pur et le croquant de la griotte, on voit se multiplier d’indigents plâtrages de crème, figés à la gélatine et saturés de confitures industrielles. À l’instar des usines du bon « made in Germany » frappées par le pillage commercial, la gastronomie n’est pas épargnée, elle non plus, par le phénomène de piratage. Face à ce parasitisme commercial, seul un examen objectif de la qualité permet encore de distinguer l'original de l'imitation.
Regionalia, journal en ligne à but non lucratif, gratuit et sans publicité, dédié au savoir libre et à l’information factuelle, s’est lancé sur la piste des saveurs de l’authentique forêt-noire et a déniché les adresses où la tradition résiste (encore) le mieux.
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